“J’ai eu envie de lancer quelque chose ici”, du Bangladesh à Oloron, l’extraordinaire parcours du cuisinier Ruhel Sajid Ahmed
Ancien mineur isolé étranger formé à la cuisine au foyer Planterose de Moumour, Ruhel Sajid Ahmed a ouvert un fast-food indien à Oloron. Retour sur ce destin peu commun.
Depuis ce mardi, un fast-food indien a ouvert 17 rue Dalmais à Oloron. L’information pourrait sembler banale, si ce n’est que le destin de son gérant sort de l’ordinaire. Arrivé seul et sans papier du Bangladesh, Ruhel Sajid Ahmed s’est en effet formé, a remporté des concours de cuisine, assisté des chefs cuisiniers et fini par monter plusieurs restaurants. Un parcours béarnais d’autant plus remarquable que tout n’a pas été bordé de roses…
Après avoir quitté son village à 14 ans, Ruhel Sajid Ahmed débarque en Angleterre. Même si des membres de sa famille vivent dans le pays, la greffe ne prend pas. « Mes oncles voulaient me marier, je ne voulais pas de cette vie », se rappelle-t-il. Après être retourné au pays, ce fils de commerçants retente sa chance en Europe en passant par la Hongrie avant d’arriver en France seul en août 2012.
Débarqué à Paris à 16 ans, il est hébergé dans une famille d’accueil avant d’être pris en charge par l’aide sociale à l’enfance (ASE). Aspirant à devenir électricien, Ruhel Sajid Ahmed s’oriente finalement vers les métiers de la cuisine après avoir passé quelques tests concluants. « On m’a aussi conseillé ce secteur car venant d’un pays chaud, il aurait été difficile de supporter les conditions météo sur les chantiers », s’amuse-t-il. Il est alors envoyé au Domaine Saint-Georges à Montaut où il apprend des rudiments de cuisine dans les ateliers de la maison d’enfants à caractère social. Ses premiers pas en Béarn. « Au début, apprendre le français était décourageant mais durant mon apprentissage, j’ai toujours été accompagné par des personnes bienveillantes et attentionnées », salue Ruhel Sajid Ahmed.
Des aptitudes en cuisine
Après trois mois à Montaut, il part se perfectionner au sein du lycée professionnel attenant au foyer Planterose de Moumour, établissement spécialisé dans l’accueil de mineurs en difficulté où il sera hébergé de 2013 à mars 2015. Rapidement, le jeune homme montre des aptitudes dans ce secteur d’activité comme en témoignent les récompenses qu’il accumule.
Ainsi, en 2014, il décroche la médaille d’or lors du concours de meilleur apprenti d’Aquitaine. La même année, il est ensuite finaliste du meilleur apprenti de France. Ruhel Sajid Ahmed continue sur sa lancée en 2015 et remporte le concours de cuisine du salon régional Saphir organisé au parc des expositions de Pau par les professionnels des Cafés, Hôtels, Restaurants, Discothèques et Traiteurs Organisateurs de Réception (CHRD). Il réussit cette même année son CAP cuisine.
Grâce à cette formation et bardé de ses trophées, le Bengali intègre les cuisines d’établissements prestigieux comme la « Maison Chilo » à Barcus et à « l’Aygo » au stade d’Eaux vives à Pau. Il passe aussi 6 ans comme second au « 3 Brasseurs » à Lescar. Au fil de ces expériences naît l’envie de monter son affaire pour être « indépendant ».
Ce musulman pratiquant saute le pas en 2020 en tentant sa chance à Mont-de-Marsan (Landes) où il lance un premier fast-food baptisé « Bongo Nan Kebab et Tacos ». Il cède la gestion de ce premier restaurant à l’été 2023 pour se consacrer à l’ouverture d’un second restaurant, cette fois-ci à Pau. En août 2023, il ouvre ainsi Nosh, rue Valéry Meunier adresse bien connue des noctambules. Comme dans la préfecture des Landes, cet établissement propose des naans, kebabs, tacos et autres pizzas.
En août dernier, il passe à Oloron revoir ses anciens formateurs de Planterose comme il en a l’habitude. C’est là qu’il tombe sur l’ancien local de Koffee & co fermé. « J’ai eu envie de lancer quelque chose ici où j’avais passé trois ans de ma vie », rembobine le patron.
Avec son associé Hossein Ahmed, il saisit l’opportunité et signe le bail avant de rénover entièrement cet espace de 100 m² pour ouvrir « Saffron », un fast-food indien. À la carte de l’établissement, figurent les galettes au fromage (les fameux naans) et les marinades de poulet, « nos spécialités que l’on fait maison », souligne le gérant. Il y a aussi des paninis, des pâtes, des poutines, des kebabs…
Naturalisé français en 2022 et papa depuis octobre dernier, Ruhel Sajid Ahmed peut être fier du chemin parcouru. À 28 ans, le voilà à la tête de deux petites entreprises qui emploient actuellement quatre salariés en attendant de pouvoir en recruter d’autres.
« C’est ma façon de rendre à mon pays d’accueil ce qu’il m’a donné », confie-t-il modestement à l’aube de cette nouvelle aventure.
(source : la République des Pyrénées, par Benoît Rouzaud, publié le 6 novembre 2024 à 18h14, modifié le7 novembre 2024)